L’opinion de la 1ère vice-présidente du CG35

26 Déc

J’ai reçu le 18 décembre ce message à propos de l’enquête relative à l’appellation des habitants du département d’Ille-et-Vilaine, à laquelle ont bien voulu répondre récemment 1.328 internautes :

Bonjour Monsieur,

Retenez ce que vous voulez d’une enquête dont de toute façon , vous ne voulez extraire que ce qui va servir votre objectif ! Au fait, que cherchez-vous ?

N’avez-vous pas remarqué que les médias locaux utilisent cette appellation avec délectation ? Enfin,  les habitants d’Ille et Vilaine ont un nom !

Je vous souhaite une fin d’année des plus sereine ,

Mireille MASSOT
1ère vice-présidente du Conseil Général
Chargée de la solidarité, des politiques personnes âgées, personnes handicapées, de la politique petite enfance, de l’enfance et de la parentalité.

***

Voici ma réponse en date du 23, avec copie aux autres conseillers généraux :

Madame la 1ère vice-présidente,

Je vous remercie de votre courriel auquel j’ai été très sensible.

Je ne me souviens pas que l’objectif poursuivi ait été que quelques médias locaux se délectent d’une appellation prescrite, à supposer même qu’ils s’en délecteraient pour des raisons qui – en toutes hypothèses –  semblent à ce jour encore largement échapper à la majorité des habitants.

J’avais cru comprendre dans les propos du Président qu’il poursuivait au nom du Conseil général 2 objectifs sensiblement plus respectables, clairement affirmés :

  • identifier de l’extérieur et positivement les ressortissants de ce « territoire »
  • resserrer les liens sociaux pour davantage de cohésion entre les habitants

Il me semble qu’aujourd’hui vous ne pouvez pas nier l’échec de cette démarche.

« Enfin, les habitants d’Ille-et-Vilaine ont un nom » dites-vous.

Ils s’en sont pourtant bien passés jusqu’ici sans jamais s’en plaindre, bien au contraire… et s ‘ils avaient envie d’un nom, nul doute qu’ils sont assez grands pour se l’être déjà donné.

Car il en va ainsi dans notre langue.

Sauf à ravaler un « gentilé » au rang d’une simple marque commerciale ou (au mieux) au rang d’un vulgaire élément de terminologie (sous un certain nombre de conditions qui sont ici très loin d’être remplies), ou (au pire) au rang de ce que l’on appelle de la « novlangue », il n’appartient – heureusement – pas à quelque autorité que ce soit de décider « ex cathedra » du nom que doivent porter les habitants d’un territoire.

Madame Hélène d’Encausse, Secrétaire perpétuelle de l’Académie française vient d’ailleurs de le rappeler dans son discours sous la Coupole ce 4 décembre 2014 :

« Ni les jeunes, ni les quartiers, pour utiliser un terme propre à la langue de bois, ni les ministres, ni les énarques, ni les banquiers, ni combien d’autres groupes de pression qu’on n’en finirait pas d’énumérer, ne doivent commander la vie de la langue et ses évolutions. » … « Toutes les vaines querelles contemporaines, autour de l’autorité ayant le droit de modifier la langue – Académie, gouvernement, groupes divers – ne sont guère pertinentes. En matière de langue, l’usage seul est roi, il est la loi et l’Académie a l’autorité pour dire ce qu’est l’usage. »

Je me permets aujourd’hui d’aller plus loin en prétendant que la décision du Conseil général d’Ille-et-Vilaine (qui est unique en France) est parfaitement illégale, ne serait-ce que du fait qu’elle est à l’évidence anticonstitutionnelle… et s’il faut juridiquement l’établir, je vous prie de croire que je l’établirai.

La vérité est que vous avez à cœur de forcer l’opinion sur le devenir des départements, pris au sens de la collectivité territoriale dont vous êtes juge et partie, sans d’ailleurs la moindre considération pour la circonscription administrative éponyme qui est placée sous la responsabilité du Préfet, dépositaire de l’autorité de l’Etat.

L’objectif (clairement avoué par le publicitaire qui a été appointé pour donner l’illusion d’une démarche réfléchie de manière citoyenne, dans le cadre d’un marché public plusieurs fois illégal)… l’objectif, disais-je, est bien de créer artificiellement un sentiment d’appartenance à une collectivité dont, comparativement à d’autres territoires (les communes, les régions, les métropoles, et j’en passe), la légitimité est largement contestée.

Car il s’agit d’en forcer le destin.

J’ajoute que le simulacre de débat en séance du Conseil général en date du 20 juin 2013 a été d’une si extrême indigence qu’il déshonore à tout jamais l’institution (merci d’avoir « posté » la vidéo)

Par ailleurs, comment voulez-vous qu’un néologisme concocté dans un cadre aussi surréaliste qu’il fut éphémère (voulez-vous que je m’exprime plus clairement ?…), volontairement tenu secret jusqu’à son adoption par une poignée d’élus astreints à une discipline de vote (voulez-vous que je précise publiquement ce point là ?…), propagé par des médias qui ne peuvent pas être véritablement indépendants (c’est dans la nature des choses, et il faut faire avec) tienne lieu de « gentilé » pour des habitants qui n’en ont que faire ?…

Je réponds à présent à votre principale question.

Ce que je cherche est simple : c’est la vérité qui est tapie derrière la manipulation.

Soyez assurée cependant du peu qu’il reste de ma considération citoyenne.

Patrick Jéhannin

PS : arguments contre arguments, et de manière à ce que vous puissiez extraire de l’enquête que j’ai conduite ce qui pourrait servir vos propres objectifs, je tiens bien volontiers la base des données brutes à votre entière disposition.

5 Réponses to “L’opinion de la 1ère vice-présidente du CG35”

  1. PF/Grinçant.com 26 décembre 2014 à 19 h 17 min #

    Quel dédain, Madame Mireille MASSOT !

    Ça en dit long sur l’état de déliquescence de nos « démocraties » locales et de la déontologie de ceux et celles qui prétendent préserver les intérêts des citoyens.

    Excellente réponse 😉

    • P. Jéhannin 26 décembre 2014 à 19 h 51 min #

      C’est tout-à-fait le sentiment que j’éprouve aussi.

  2. MARTIN 26 décembre 2014 à 19 h 24 min #

    Je n’ai pas l’heur de connaitre cette Madame Massot… et je m’en réjouis.

    Quelle morgue ! quelle suffisance !

    Elle me parait corsetée de certitudes à bon marché comme si son titre, son rang, sa fonction lui donnaient le droit de condamner ceux qui ne sont pas de son avis. Et quels arguments ? Des medias qui se délectent de ce gentilé ? Des medias aux ordres, des medias lèche-bottes.

    J’ai tous les lundis l’exemple de l’utilisation aléatoire de ce gentilé dans les pages sportives de notre « grand » quotidien régional… d’autant que je connais l’auteur des reportages que j’ai cités en exemple…

    Je vous invite Madame à un peu plus d’humilité et je vous rappelle que l’effet boomerang… ça existe.

    Nous ne sommes que de modestes et sans doute, de votre point de vue, de méprisables citoyens… tout juste bons à utiliser un bulletin de vote de temps en temps. Je ne voterai pas pour des personnes qui contribuent à la Défaite de la pensée, qui promettent de consulter les citoyens et qui renoncent à le faire de peur qu’ils expriment un choix non compatible avec celui des politiciens et des communicateurs grassement payés avec l’argent des contribuables qui n’ont jamais demandé qu’on leur trouve un gentilé.

    Un Vilain et fier de l’être

    • P. Jéhannin 26 décembre 2014 à 19 h 51 min #

      Parfaitement d’accord avec ces propos, que je me propose de relayer auprès de l’intéressée…

  3. CHAR 28 décembre 2014 à 14 h 40 min #

    Bravo Patrick Jehannin.
    Ces gens là sont d’une arrogance tellement déplacée qu’ils ne se rendent pas compte des énormités qu’ils sortent.

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